Le pétrole du Golfe Persique : l’escalade d’un nouveau conflit majeur

© Kinsey sur Unsplash

Par Thibault Guénolé le 13 octobre 2019

Le « Moyen-Orient » comme il est aujourd’hui conventionnellement appelé, est le berceau de nombreux conflits qui en font aujourd’hui le cœur du monde. En effet, cette région est soumise à de nombreux enjeux économiques -notamment sur la matière première comme le pétrole- mais également sociaux -comme la question des droits de l’homme.

Le détroit d’Ormuz est un passage stratégique dans la géopolitique du pétrole ; on estime que pas moins de 40% des denrées pétrolières mondiales transitent par cette voie. Les trois pays frontaliers directs du détroit sont l’Iran, les Émirats Arabes Unies et l’Oman. Mais ce ne sont pas les seuls à recourir à ce pont entre le Golfe Persique et la Mer d’Oman, le Qatar, le Bahreïn ou encore le Koweït et l’Irak transportent leur production « d’or noir » à travers Ormuz. Même l’Arabie Saoudite, premier exportateur mondial, fait transiter 90% de sa production de pétrole brut par ce point névralgique de la région. Il serait, cependant, imprudent de limiter ce barrage à un simple intérêt commercial régional.

En effet, dès qu’un problème survient dans cette région particulière pour le pétrole, c’est la planète entière qui tremble en regardant de manière effrayée la danse de la courbe du cours du baril. Le détroit voit aussi passer le gaz exporté depuis le Qatar, et donne accès au port de Dubaï, 9e port en termes d’activité commerciale dans le monde en 2019, et nouvelle «frontière» du commerce eurasiatique.

En plus de contextualiser géographiquement ce point stratégique, il faut rappeler l’environnement politique actuel. On a assisté au cours de l’année 2019 à un véritable bras de fer entre Washington et Téhéran sur la question du nucléaire iranien. Les USA se sont d’ailleurs retirés de l’accord sur le programme nucléaire iranien en 2018 car il est jugé « trop laxiste ». Malgré les traités et accords de non-prolifération du nucléaire, la tendance semble être au changement aujourd’hui avec une course au nucléaire qui se remet en place notamment en Iran, mais on peut le constater également en Corée du Nord.

De plus, le jeu des alliances fait une part belle aux concurrences entre les différentes puissances mondiales : les États-Unis soutiennent fermement l’Arabie Saoudite, quand la Chine et la Russie continuent d’établir des liens étroits avec l’Iran. Il est essentiel de rappeler également que le Yémen, qui se situe au sud de l’Arabie Saoudite et sur la frontière ouest de l’Oman, est en proie actuellement à une guerre civile et une rébellion houtiste extrêmement violente, réclamant une autonomie perdue en 1962.

A cette délicieuse recette explosive, il faut donc rajouter les derniers mois qui ont été particulièrement difficiles pour la région. Le 12 mai 2019, les Émirats (EAU) annoncent que quatre navires commerciaux ont été la cible « d’actes de sabotage » près de Foujeyra (un des émirats composant les EAU). Tous les regards sont braqués sur Hassan Rohani (chef d’État de la République islamique d’Iran) ; qui est alors pointé du doigt par l’alliance anti-iranienne que représentent les EAU, l’Arabie Saoudite et les USA.

Le président Trump décide alors de renforcer sa politique en désaccord avec la politique iranienne par des sanctions économiques notamment (sanction envers Pékin pour l’achat de pétrole Iranien).

Tous ces éléments allaient tôt ou tard finir par exploser

Le 13 juin, deux pétroliers (norvégiens et japonais) ont été la cible de tirs et d’explosifs en mer d’Oman, près de la côte Iranienne. Le 20 juin est reportée une attaque également sur l’Usine de dessalement Al-Shuqaiq, et l’Aéroport d’Abha le 8 août, en Arabie Saoudite. Mais ces dernières attaques étant revendiquées par les rebelles Yéménites, l’Iran s’était fait plutôt discret sur la question, continuant, sous la table, son projet nucléaire. Tous ces éléments allaient tôt ou tard finir par exploser et c’est la donnée économique qui va définitivement sceller ce conflit comme un événement majeur de l’année 2019.

En effet, le 14 septembre des attaques d’une ampleur sans précédent sont réalisées sur deux des plus importants sites pétroliers d’Arabie Saoudite : le site de Khurais et la plateforme à Abqaiq (plus grande usine du monde en traitement brut). Une attaque de dix-huit drones et sept missiles de croisière qui a impacté à elle seule près de 7% du marché mondial du pétrole, amenant avec elle une belle montée des prix du baril en Occident.

Il faut rappeler que les pays Occidentaux forment une sorte d’embargo autour du commerce pétrolier iranien arrêtant l’importation de son or noir

Puisqu’il faut rappeler que les pays Occidentaux forment une sorte d’embargo autour du commerce pétrolier iranien arrêtant l’importation de son or noir. Riyad a condamné fortement ces attaques qui ont été revendiquées par la rébellion Yéménites.

C’est alors que Donald Trump est monté au créneau, car selon lui : l’Iran a fourni des armes aux Yéménites qui ont attaqué l’Arabie Saoudite, donc l’Iran a commandité les attaques. Moscou et Pékin continuent de soutenir l’Iran quand Londres ou encore Paris continueront à ne pas soutenir Téhéran tant qu’elle persistera dans son programme nucléaire.

Les tensions sont loin d’être éteintes, surtout aux vues des annonces récentes de Trump qui déclare : « je peux vous dire que c’était une très grosse attaque et notre pays pourrait très facilement y répondre par une attaque beaucoup plus grosse ».