Game of Thrones : un laboratoire de philosophie morale et politique

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Par Gwendal Fayoux le 15 octobre 2019

Game of Thrones, dit Le Trône de Fer, dit « GOT » est un véritable laboratoire d’analyses philosophiques et politiques. La mort d’un Roi, des prétendants se sentant légitimes à la succession et agissants selon leur idéal… Bref : un combat acharné dont les tenants et les aboutissants peuvent susciter chez le téléspectateur une réflexion plus poussée qu’une simple vision de têtes découpées. En coulisses, c’est une succession de bras déchiquetés, de femmes violées, d’incestes…

Chères lectrices, chers lecteurs, jouons ensemble. Essayons de rentrer dans la tête de nos personnages favoris pour connaître ou du moins tenter de percevoir leurs manières de penser

L’univers de GOT est chaotique, mais ce que nous allons tenter de mettre en exergue va au-delà de la catharsis traditionnelle… Nous verrons que la pensée de nos conspirationnistes préférés peut nous faire réfléchir sur des questions bien plus sérieuses. Comment prennent-ils leurs décisions ? Sur quelle morale se reposent-elles ?

Chères lectrices, chers lecteurs, jouons ensemble. Essayons de rentrer dans la tête de nos personnages favoris pour connaître ou du moins tenter de percevoir leurs manières de penser. Prenons en exemple la célèbre scène dans laquelle Bran Stark interrompt Jaime Lannister et Cercei dans leur business familial. Jaime, après un moment de réflexion, défenestra littéralement Bran du haut de la tour où ils se trouvaient. 

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Une tentative de meurtre moralement acceptable ? Dès la vision de cette scène nous nous sommes jurés de détester Jaime, et pourtant étaient en cause deux écoles philosophiques bien distinctes. D’un côté, l’école déontologique dont le père fondateur Emmanuel Kant promeut l’idée selon laquelle une action doit être avant tout morale, c’est la doctrine de Ned Stark. Ici le meurtre est injuste peu importe les conséquences en jeu… Sacré Ned, ça lui aura coûté sa tête. De l’autre côté, l’école utilitariste dont le père fondateur Jeremy Bentham fait porter la valeur morale d’une action sur les conséquences de celle-ci. Pour prendre une décision, le décideur vise la promotion du bonheur pour le plus grand nombre de personnes. Ici le meurtre est justifié car Jaime conserve son secret dans le but de préserver la vie de ceux qui seraient impliqués dans un nouveau conflit.

En effet, on peut se douter de la crise politique qu’aurait pu engendrer une telle révélation : répudiation de la Reine, remise en cause de la légitimité des héritiers et du Roi… Et vous, qu’auriez-vous fait ? Allons fouiller dans la tête de deux autres personnages…

La doctrine de l’efficacité des Lannisters

Pensée que l’on peut rattacher à Machiavel, selon notre cher père Tywin : la fin justifie les moyens. L’action peut être bonne ou mauvaise, ce qui compte n’est pas la moralité mais de servir un but précis, en l’occurrence : conserver le contrôle du Royaume. À quoi bon marier sa fille Cersei à Sir Loras, un homme dévoué aux hommes ? À quoi bon marier Tyrion à Sansa, une femme qu’il ne peut regarder dans les yeux sans se tordre les cervicales ?

Le pouvoir, rien que le pouvoir… Imaginez-vous à la tête d’une multinationale, plein aux as, la dernière Aston Martin DBX sous le coude, et des parlementaires à votre botte prêts à faire passer vos lois pour un week-end à Venise tous frais payés… Seriez-vous prêt à marier de force votre enfant à une personne influente mais dont il n’est pas amoureux pour garder votre pouvoir ? Allons, voyons… réfléchissez-y deux minutes…

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La doctrine du « bon, mais pas trop » de Daenerys

Pour Daenerys la Reine doit être philosophe. Mais qu’est-ce qu’être philosophe ? Être philosophe c’est trouver ce qui est bon pour son peuple en analysant le beau, le bien et le vrai.

Bon, d’accord vous n’avez pas compris, rassurez-vous car nous non plus… En quelques mots c’est une méthode abstraite qui consiste à s’élever au-dessus des opinions des uns et des autres, pour prendre des décisions attachées à la vérité et non pas aux doléances des masses.

C’est la doctrine de Platon selon laquelle le bien vient d’en haut, l’oligarchie serait la clef… quelque peu dictateur celui-là… Mais, on ne peut résumer la pensée de Daenerys qu’à cela. En effet, servante de la vérité elle sait également prendre en compte les coutumes locales. C’est la doctrine d’Aristote : le bien vient d’en bas. L’exemple le plus probant est sa décision de réintroduire les arènes de combat dans la cité de Meeren, ces tueries constituantes d’une coutume locale dont on ne saurait en déduire la beauté visuelle si ce n’est qu’à travers les multiples jets d’organes, os, et divers composants de notre corps. Notre chère Briseuse de chaînes passerait alors de la sagesse à la prudence…

Elle conclut que le bien naît avant tout d’un contexte culturel dont elle ne peut faire abstraction. Entre nous, soyons honnêtes… Qui préfère voir des esclaves s’entre-tuer plutôt que d’aller à l’encontre d’une tradition et de prendre le risque de se faire éjecter comme un mal propre ?

A vos votes, êtes-vous plutôt Platonistes ou partisans de la doctrine d’Aristote ?