Le scandale du glyphosate

© Jed Owen sur Unsplash

Par Lilya Pivot le 27 février 2019

Qu’est- ce que le glyphosate ?

Le glyphosate est un herbicide permettant de se débarrasser des mauvaises herbes facile­ment dans le domaine agricole mais également pour les jardins publics et privés. Il est simple d’utilisation et son coût est peu élevé (2€ le litre). C’est pourquoi son utilisation est massive : sa rentabilité économique en matière de temps de travail et de coût est incroyable. En effet, 800 000 tonnes sont vendues chaque année dans le monde et en France, c’est le pesticide le plus vendu entre 2008 et 2013.

Mais alors, quel est le problème avec ce produit ?

On a pu mesurer la toxicité du glyphosate pour la faune, la flore et l’environnement. Les conséquences sur l’être humain, elles, sont encore floues. Le Centre International de Recherche sur le Cancer (organe de l’OMS) a classé le glypho­sate comme «cancérogène probable» en mai 2015. Depuis, deux Agences d’expertise européennes ont rendu un avis favorable à son utilisation. Cependant, la sincérité de certaines études a été remise en question. Pourquoi ? Monsanto, la firme américaine commercialisant le Roundup, produit phare contenant le glyphosate a fait l’objet de débats. Monsanto est connue pour sa pratique du « ghost-writing », permettant de faire paraître des articles écrits en partie par la firme elle-même et signés par des scientifiques. Ces articles ont bien sûr pour objectif d’affirmer que le glypho­sate n’est pas toxique. Cela a été mis en évidence par l’affaire des Monsanto Papers, un ensemble de documents internes de la firme dévoilant au public les manœuvres de la société.

Le Centre International de Recherche sur le Cancer (organe de l’OMS) a classé le glypho­sate comme «cancérogène probable» en mai 2015.

Face à ces incertitudes et ces manœuvres, que s’est-il passé à l’échelle du monde, de l’Union Européenne et de la France ?

Aux Etats-Unis, Dewayne Lee Johnson, un jar­dinier ayant utilisé le Roundup pour les besoins de son activité professionnelle a assigné Monsan­to en justice, l’estimant responsable de son cancer incurable, diagnostiqué en 2014. Le 10 août 2018, la justice américaine a condamné Monsanto à verser 289 millions de dollars au jardinier. Le jury estime que l’utilisation du glyphosate a contribué à sa maladie. C’était la première fois qu’un citoyen américain affrontait la firme en jus­tice et cette dernière a été condamnée. Cependant, en octobre, un juge a réduit la somme allouée à 78,5 millions de dollars, estimant la première décision disproportionnée. Monsanto a fait appel de cette décision concernant le fond du verdict : la firme continue d’affirmer que son produit n’a aucun lien avec le cancer de cet homme.

Depuis ce procès, un avocat supervise une centaine d’autres actions contre le Roundup. Les plaignants accusent le produit d’être à l’origine de leur cancer. On peut citer Edwin Hardeman dont le procès est organisé à San Francisco, au niveau fédéral cette fois. Reste à voir si les pro­chains procès se placeront de nouveau contre le Roundup…

Que fait l’Union européenne au sujet du glyphosate ?

Les États membres de l’Union Européenne ont renouvelé la licence de l’herbi­cide en 2017, et ce pour cinq ans. Une initiative citoyenne « Stop glyphosate » avait été lancée par des ONG environnementales et a atteint plus d’1,3 millions de signatures. Qu’a répondu la Commission européenne ? Elle considère les accusations contre le pesticide sans fondement. En outre, la Commission n’envisage pas de fixer des objectifs pour la réduction de l’utilisation du glyphosate au sein de l’Union européenne. On peut voir que l’Union européenne n’est pas prête à agir à l’encontre du glyphosate, et ce sûrement à cause du lobby chimique allemand.

En France, où en sommes-nous ?

Le glypho­sate est interdit pour l’entretien des espaces verts et des espaces publics depuis le 1er janvier 2017. En cas de non-respect, une amende pouvant atteindre 30 000€ est prévue ainsi qu’une peine de 6 mois de prison ferme. Son usage par les particuliers est éga­lement interdit depuis le 1er janvier 2019. C’est un progrès majeur. Néanmoins, le secteur agricole, majoritaire consommateur, est toujours libre de l’utiliser. Cette question fait polémique et fait l’objet de déclarations, jugements incohérents.

Emmanuel Macron, a déclaré sur Twitter en 2017 qu’il avait demandé au gouvernement de prendre des dispositions nécessaires, au plus tard en 2021, pour interdire l’utilisation du glypho­sate en France.

Emmanuel Macron, a déclaré sur Twitter en 2017 qu’il avait demandé au gouvernement de prendre des dispositions nécessaires, au plus tard en 2021, pour interdire l’utilisation du glypho­sate en France. Le 24 janvier 2019, le Président de la République revient sur sa déclaration et admet qu’en 2021, le glyphosate ne sera pas totalement interdit. En parallèle, en 2018, un projet de loi Egalim interdisant le glyphosate a été rejeté à deux reprises avec comme argument principal le fait qu’Emmanuel Macron s’était engagé pour 2021 et qu’il n’y avait pas besoin de l’écrire dans un texte. Également, le tribunal administratif de Lyon a annulé, le 15 janvier, en application du principe de précaution, la décision d’autori­sation de mise sur le marché du Roundup Pro 360, prise en mars 2017 par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’envi­ronnement et du travail (Anses). Pour finir, après avoir déclaré le 24 janvier que l’objectif de l’inter­diction du glyphosate en France était impossible à maintenir pour 2021, le Président affirme le 23 février, lors du Salon de l’agriculture la possibi­lité de faire du vignoble français « le premier du monde sans glyphosate ».

Plusieurs procès sont en cours dont celui d’un couple qui a assigné Monsanto car leur fils aurait été exposé in utero à cette substance lorsque sa mère, enceinte de quelques semaines, a utilisé l’herbicide. Il est né avec une malformation des organes et a déjà subi une cinquantaine d’opéra­tions.

Le 17 janvier, l’émis­sion Envoyé Spécial avait pour sujet « glyphosate : comment s’en sortir ? ». Ils ont soumis diverses per­sonnes à un test d’urine. Résultat, tous ceux qui étaient testés avaient du glyphosate dans leurs urines. Ce constat est assez accablant. Entre ces résultats, les manoeuvres de Monsanto, les procès en cours et l’incertitude des résultats scientifiques : que penser du glypho­sate ? Une étude de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail va être lancée pour trancher la contro­verse sur l’herbicide.

Affaire à suivre…