Qu’est-ce que le féminisme ?

De gauche à droite : Kadiathou One, Léonilde Pereira (mère de Léa), Léa Pereira, Anne-Cécile Robert et Rania Hattabi ; au Conseil de Région lors du concours d’éloquence le 5 mars 2020.

Par Léa Pereira le 25 avril 2020

Je m’appelle Léa Pereira, j’ai 19 ans et je suis en deuxième année de licence de droit. Au sein de la faculté, je suis active dans l’association d’art oratoire et d’éloquence Les Tribuns – Nantes. Ce qui m’intéresse surtout c’est la question de la femme dans notre société. Le 5 mars 2020, J’ai remporté le concours d’éloquence organisé par l’Hôtel de Région de Nantes dans le cadre de la journée de la femme.

Cette année, il se trouve que j’ai énormément débattu sur ce sujet. Cependant, j’ai beaucoup de mal à trouver mes mots et à m’exprimer correctement quand je suis en colère. Ce texte est une synthèse de tous les clichés que j’ai entendu et que je continue d’entendre sur la question du Féminisme.

« C’est au travers du dévouement et des efforts de l’humanité que nous avançons. Et quand nous ne travaillons pas, ce qui arrive, c’est que le temps devient un allié des forces primitives de la stagnation sociale ». C’est ainsi que Viola Davis s’adressait à la foule du défilé de la Women’s March en 2018. Terme si utilisé, pourtant si peu compris de nos jours, le féminisme est malgré tout une des notions les plus répandues au sein de nos débats de sociologues de comptoirs.

Sans cesse redéfini, retourné, mal interprété, définir cette notion paraît indispensable en tant que féministe. Malmené, desservi voire inutile, ce mot et les valeurs qui lui incombent sont remises en question.

Il est dit de ce mouvement qu’il est majoritairement composé d’extrémistes.

« Le féminisme est mal représenté, ces représentantes dégradent l’image du combat ». Avant toute chose, on ne peut associer féminisme et extrémisme. Qu’y a-t-il d’extrême dans cette revendication de l’Égalité des genres ? C’est essentiellement l’action des Femens qui est jugée de la sorte. Aujourd’hui, cet « extrême » est minoritaire, seulement il est trop présent dans l’imaginaire collectif.

Les personnes qui prônent la supériorité de la femme sur l’homme ne sont pas féministes, elles sont sexistes. Les personnes qui prouveront et justifieront par quelques moyens, la supposée supériorité des hommes sur les femmes par des arguments Historiques « le fameux chasseurs – cueilleurs », sociaux ou autres, sont sexistes. Je ne parle pas de différence mais de condescendance.

Cette condescendance peut être exercée par un homme comme par une femme. En effet, être une femme ne va pas de pair avec une identité féministe. Bien au contraire, dans l’Histoire les femmes elles aussi ont su trouver une complaisance à être l’autre, la seconde, celle qui vient après l’homme.

Celle qui n’a ni le droit de voter, celle à qui on reconnaît l’existence uniquement à travers l’homme qu’elle épouse. Les femmes ont accepté et transmis ces stéréotypes à leurs filles. Elles ont accepté d’être le deuxième sexe comme disait Simone de Beauvoir. Il a fallu une poignée « d’hystériques » et d’« extrémistes » pour en arriver là où nous en sommes aujourd’hui.

Être féministe, c’est redéfinir le fait d’être une femme aujourd’hui pour les filles de demain.

Être féministe, c’est redéfinir le fait d’être une femme aujourd’hui pour les filles de demain. C’est dépasser cette relation que l’on entretient avec notre genre. C’est demander à la société de ne pas nous percevoir uniquement au regard de notre vagin.

Vouloir l’Égalité Femme – Homme, c’est la définition la plus simple que l’on puisse donner. Seulement, les Femmes et les Hommes sont différents. Comment comprendre ce paradoxe ? Simplement car il faut détruire ces fantasmes autour de la vision de la Femme et par la même occasion de l’Homme.

Et de la même façon, déconstruire les idées reçues sur le genre. Être féministe, c’est croire en l’Égalité des droits pour les femmes et l’abolition de la théorie des genres.

Être femme, homme ou bien non binaire c’est briser les codes autour de tous ces stéréotypes associés au genre. Un homme doit être fort, il ne doit pas montrer ses faiblesses. Une femme est fragile, elle doit se préserver. L’abolition de ces préjugés profitent à tous, cela permet de ne pas nous cantonner dans un rôle dit de femme ou d’homme. Et de surcroît, ne pas associer notre identité sexuelle à des comportements ou des conduites particulières.

Quelle tâche ! Quel défi ! Il vous livrera à des confrontations sans relâches.

Toutefois, ne vous épuisez pas… Vous n’êtes pas ici pour éduquer, rappelez-vous, le changement des mentalités est l’un des processus les plus long de l’humanité…

Informez, partagez, discutez et votre message sera écouté.

Décrédibilisées, les actions palliant le sexisme sont néanmoins jugées inutiles. L’écriture inclusive, les quotas, ces deux bouleversements sont d’autant plus critiqués qu’ils sont méconnus.

On nous dit qu’il faut agir, que notre combat est beau, mais lorsque l’on s’attarde sur ces mesures elles sont critiquées.

« Le féminisme n’a jamais tué personne. Le machisme tue tous les jours » disait Benoîte Groult, militante féministe française.

La condition de la Femme renferme bien plus, malheureusement. Objectivation, harcèlement, viol, agression et féminicide, sont encore des réalités subies et associées à la condition féminine. En France, une femme meurt tous les 3 jours sous les coups de son mari.

« Arrêtez de vous plaindre, vous les féministes la seule chose que vous savez faire c’est vous victimiser » disent – ils. Ne voyez pas une dénonciation du comportement masculin avec l’utilisation du pronom « ils ». Les cours de grammaire sont clairs, le masculin remporte toujours face au féminin. Ils vous diront que les mots sont essentiels, qu’ils portent le poids de la signification.

Toutefois, quand on les remet en question pour inclure les Femmes, comme par exemple pour féminiser les titres, une fois de plus, nous sommes face à un refus, une opposition. Cette volonté est symbolique et indispensable.

Sois belle et tais – toi !

Qu’en est-il du rapport au corps ? Les femmes veulent se le réapproprier. Au lendemain de l’acquisition du droit à l’avortement, les femmes sont encore en quête d’une redécouverte sociale et personnelle de leurs corps. Ce qu’il y a de plus intime, votre bien le plus précieux semble parfois vous être arraché.

Merci à tous mes contradicteurs, ceux qui sous couvert « d’humour » ou de « vouloir m’énerver » ont tenu des propos qui sont la raison pour laquelle je m’exprime et ne cesserais jamais de le faire.

Qu’il soit voilé, nu, les modes d’action vont de paires avec l’identité de chacune. N’en déplaise aux utilisateurs supposés choqués et qui qualifient « d’extrêmes » des femmes qui postent une photo de leur pilosité sur les réseaux sociaux ou celles qui portent un voile par conviction religieuse. Amateurs de pornos, ils crieront à la débauche et au dégoût de ces femmes libres et émancipées.

Laissons la femme disposer de son corps.

Laissez le corps être imparfait, libre, tâché, noir, avec des cicatrices, fin, grand, petit. Avec des vergetures, avec du gras … Cette diversité est belle quand elle est observée et non sans cesse sexualisée ou effacée.

Merci à tous mes contradicteurs, ceux qui sous couvert « d’humour » ou de « vouloir m’énerver » ont tenu des propos qui sont la raison pour laquelle je m’exprime et ne cesserais jamais de le faire.

Merci d’avoir éveillé un peu plus ma conscience féministe.