La dépénalisation de l’avortement en Irlande : une réforme sociétale historique

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Un article par Margaux Seeuws le 1er octobre 2018

Cent ans après l’acquisition du droit de vote pour les femmes en Irlande, une nouvelle progression majeure marque la République d’Irlande avec un référendum des plus marquants de son histoire. En votant à plus de 66% pour le rejet du huitième amendement, c’est un véritable plébiscite qui a pris place démontrant que le peuple irlandais entend rompre les préceptes religieux imprégnant sa culture et accepter la modernisation inévitable qui conduit à reconnaitre à la femme son droit de disposer librement de son corps. 

Ainsi, le 25 mai 2018, à l’occasion du référendum portant sur la dépénalisation de l’avortement, la République d’Irlande a franchi une nouvelle étape de son histoire et non des moindres. 

En effet, comme le soulignait la juriste Claire Lagrave « la forte tradition catholique a toujours imprimé sa marque sur la politique familiale irlandaise ». De cette manière, le catholicisme a nettement imprégné la culture irlandaise, de part son influence notamment, au sein même de la Constitution. En effet, le huitième amendement de la Constitution a été adopté sous l’influence du clergé en 1983. Cet amendement reconnait un droit de vie égal à la femme et au fœtus rendant ainsi pénalement répréhensible le fait d’avoir recours à l’avortement. Ainsi, une femme risquait la prison à vie en cas d’avortement jusqu’en 2013, puis un allègement a été opéré en 2013, réduisant la peine encourue à quatorze ans d’emprisonnement. 

Cependant, la pédophilie au sein de l’Eglise, l’affaire des « Magdalen sisters » sont autant de scandales qui ont secoué l’Eglise catholique ces dernières années conduisant à délégitimer et affaiblir l’emprise de l’Eglise catholique sur l’Etat et ses citoyens. 

L’Irlande avait une politique sur l’avortement des plus restrictives au monde, faisant l’objet notamment de rappels par la CJUE. 

Ainsi, l’Irlande semble désormais enclin au changement et prête à rompre les schémas classiques imprégnés du catholicisme marquant sa culture. Dès lors, en 2012 l’Irlande devient le premier pays au monde à légaliser le mariage pour tous. Cependant, l’île restait bien discrète et en recul par rapport à nos confrères européens sur une question sociétale majeure qui est celle du droit à l’avortement. L’Irlande avait une politique sur l’avortement des plus restrictives au monde, faisant l’objet notamment de rappels par la CJUE. 

Ce n’est pas moins de trois mille femmes qui ont traversé la mer d’Irlande afin de pratiquer une IVG en Angleterre où la législation se veut beaucoup moins restrictive. 

le Parlement Irlandais assouplit la législation en matière d’IVG en reconnaissant le droit à l’avortement dans le cas où la vie de la femme est mise en danger. 

La question de l’avortement revient à la surface avec la mort de Savita Halappanavar en 2012, décédée après avoir accouchée alors qu’elle avait exprimé sa volonté d’avorter suite à une rupture précoce de la membrane mais se confronta à un refus du fait que sa santé était à risque et non sa vie. Cet évènement tragique donne un coup d’élan à la campagne en faveur de l’interruption volontaire de grossesse. Dès l’année suivante, le Parlement Irlandais assouplit la législation en matière d’IVG en reconnaissant le droit à l’avortement dans le cas où la vie de la femme est mise en danger

C’est un tournant majeur qu’a pris le campagne en faveur de l’avortement avec le gouvernement de Léo Varadkar qui ayant consulté l’assemblée des citoyens en juillet 2016, chargé de se prononcer sur un certain nombre de sujets dont l’avortement, a émis à la majorité le souhait de modifier la législation en matière d’avortement. Dès lors, une Commission Parlementaire s’est saisie du sujet et s’est chargée de préparer la tenue du référendum. 

Si les parties opposées à l’interruption volontaire de grossesse sont restées relativement discrètes laissant la libre conscience à leurs électeurs, les parties répertoriées comme positionnées à gauche ont quant à elles militées en faveur de ce droit de la femme. 

L’homogénéité des résultats du référendum démontre la mutation de l’opinion publique irlandaise sur le sujet de l’avortement.

L’homogénéité des résultats du référendum démontre la mutation de l’opinion publique irlandaise sur le sujet de l’avortement. En effet, sur les quarante circonscriptions électorales, seule le canton de Donegal a voté une majorité de NON à près de 52%. Au contraire, dans le sud de Dublin, la majorité de Oui atteint même 78% traduisant la détermination des dublinois à changer la législation en vigueur. Par ailleurs, si 87% des moins de 25 ans ont voté oui, la tranche des 50-64 ans a également voté majoritairement en faveur du oui puisqu’ils sont 63% à être favorables à la dépénalisation de l’avortement. 

De plus, le taux de participation de 64% traduit l’engouement et la prise de conscience de l’opinion publique irlandaise qui ne cesse de défier les pronostiques. 

Léo Varadkar, l’instigateur de ce référendum historique et leader du Fine Gael, ne pourra que tirer profit de ce véritable plébiscite. 

Que va t-il se passer désormais? 

Il appartient désormais au Parlement de mettre en place une législation respectueuse du résultat du référendum. Le projet de loi initialement présenté par le gouvernement avant la tenue du référendum prévoyait l’ouverture de ce droit sans limite jusqu’à douze semaines de grossesse, une ouverture jusqu’à vingt-quatre semaines en cas de risque pour la santé de la mère, et ensuite uniquement en cas de malformation fœtale.  Ce projet de loi s’aligne sur les législations déjà en vigueur dans de nombreux pays de l’Union Européenne.

L’Irlande a donc entendu s’émanciper de son statut de pays ayant l’une des législations des plus restrictives d’Europe et laisse sa place à la Pologne qui n’a toujours pas flanché sur le sujet