QAnon : l’émergence d’une théorie du complot aux États-Unis

© Ehimetalor Akhere Unuabona sur Unsplash

Par Rania Hattabi le 15 novembre 2020

Qui est QAnon ?

Avez-vous eu l’occasion d’apercevoir un symbole “Q” à l’occasion des élections présidentielles américaines ? La lettre Q est tout simplement l’initiale de QAnon, une mouvance antisémite, pro-Trump, basée sur diverses théories complotistes.

Le mouvement a vu le jour sur 4chan en 2017, un célèbre forum de discussions en ligne américain, puis s’est propagé sur des réseaux sociaux plus populaires, comme Facebook, ou encore récemment Twitter. QAnon est la suite de la tendance “Pizzagate”, autre mouvement complotiste pro-Trump, lui, actif durant sa campagne de 2016.

Comment agissent-ils ?

QAnon poste régulièrement des messages sur les réseaux sociaux, avec un langage codé que seuls les membres comprennent. Ces publications sont appelées “breadcrumbs”(miettes de pain), et les personnes qui enquêtent autour des théories sont appelées “bakers” (boulangers). Un des codes les plus utilisés notamment comme signe de ralliement de la communauté est : WWG1WGA, « where we go one, we go all”.

Ainsi, à travers ces postes, ils mettent en avant leur théories complotistes.

Mais, quelles sont donc les théories soutenues par ce groupe ?

l’Amérique serait secrètement gouvernée par un ensemble de pédophiles et fidèles de Satan

Le groupe QAnon s’est créé autour d’une idée qui paraît être tirée par les cheveux : l’Amérique serait secrètement gouvernée par un ensemble de pédophiles et fidèles de Satan. Ainsi, Qanon soutiendrait une sorte d’histoire parallèle des Etats-Unis dans laquelle, ce gouvernement aurait pris la place du réel gouvernement Américain des siècles plus tôt. Le mouvement souhaite retrouver la vraie Amérique, avec comme héros :  Donald Trump, qui serait le seul en mesure d’arrêter ce grand trafic d’enfants.

C’est cet Etat parallèle qui contrôlerait les médias, d’où le fameux “fake news” de Donald Trump. Les membres du groupe attendent ce qu’il appellent “la tempête” (« The Great Awakening”), moment où les dirigeants de cet Etat sombre seront arrêtés et envoyés à Guantanamo. L’expression vient d’ailleurs aussi de Monsieur Trump, qui à l’occasion d’un discours a pu prononcer l’expression “le calme avant la tempête”.

Cette théorie pourrait expliquer de nombreux phénomènes comme l’assassinat de Kennedy notamment, qui aurait feinté sa mort, et posterait régulièrement des messages sous le nom de Q.

Le groupe explique aussi que pour eux, l’ex-président américain Reagan aurait été tué par l’Etat parallèle, sous ordre de tous les anciens présidents, excepté Donald Trump pour une raison que l’on ignore…

Parmi les théories les plus surprenantes, il y a le fait que la famille Rothschild contrôlerait toutes les banques du monde

Parmi les théories les plus surprenantes, il y a le fait que la famille Rothschild contrôlerait toutes les banques du monde, que Hillary Clinton, Barack Obama, George Soros, Bill Gates, Tom Hanks, Oprah Winfrey, ou encore le pape François ne seraient seulement que des personnages “mauvais” venus de l’autre Etat.

Enfin, ces théories conspiratrices sont naturellement souvent tournées à l’encontre du partie démocrate, accusé de pédophilie et à ces élections, de triche. 

Quel impact a QAnon sur l’opinion publique ?

Récemment, Marjorie Greene, fervente adepte de ce mouvement a été élue en Georgie à la Chambre des représentants, ce qui laisserait penser à une montée en puissance du groupe. Néanmoins, aujourd’hui, QAnon a tout de même peu d’impact sur l’opinion publique, puisqu’en effet, seulement 3% des Américains disent connaître le mouvement.  La plus grande page Facebook qui leur est dédiée, a atteint les 200,000 membres, avant d’être supprimée par Facebook, lui-même.

Malgré leur faible influence, le FBI considère tout de même le groupe comme étant une menace terroriste grandissante. Cette crainte s’est notamment développée avec le succès du hashtag #SaveTheChildren, qui s’est ensuite poursuivi par quelques rassemblements.

Le 30 avril, après avoir relayé plusieurs messages de QAnon, une militante, Jessica Prime, a été arrêtée alors qu’elle était en route en direction de New York avec le projet de « se débarrasser d’Hillary Clinton et son assistant Joe Biden ».

Qu’en pense donc Donald Trump ?

« Je sais juste qu’ils sont très opposés à la pédophilie et qu’ils la combattent vigoureusement. Je suis d’accord avec cela, mais je ne sais rien d’autre ». Voilà l’unique réponse, assez vague donnée par l’ancien Président, lorsque le sujet QAnon a été abordé.  Ainsi, il ne se prononce pas sur l’existence de celui-ci, ni sur la véracité des théories.

Néanmoins, nombreuses de ses paroles sont interprétées par QAnon, comme étant des messages codés leur étant destinés. Aujourd’hui, avec la victoire médiatisée de Joe Biden et les multiples accusations de triche, QAnon reprend du terrain, profitant de cette occasion pour étendre ses théories complotistes.

Pour réduire la menace, Youtube notamment, a annoncé en octobre dernier un durcissement de ses règles afin de ne plus diffuser de vidéos propagandes autour de la mouvance.