Le coup d’Etat en Birmanie

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Un article par Alexandre Guricolas le 4 avril 2021

La Birmanie est un pays d’Asie du Sud-Est qui est actuellement en pleine crise politique. Elle doit faire face à un coup d’État de l’armée et à une sévère répression des manifestations sur tout le territoire.

« Cette issue était inévitable pour le pays et c’est pourquoi nous avons dû la choisir ». C’est ce que déclare, le mardi 2 février 2021 sur la page officielle Facebook de l’armée birmane, le général Min Aung Hlaing.

Le lundi 1er février 2021, l’armée birmane a pris le contrôle des lieux politiques les plus importants du pays

Le lundi 1er février 2021, l’armée birmane a pris le contrôle des lieux politiques les plus importants du pays. Ses généraux contrôlent désormais l’essentiel des pouvoirs. Mais pour comprendre cette situation, il est nécessaire de faire un point sur le passé du pays.

Depuis son indépendance, proclamée en 1948, la Birmanie a dû faire face à une série de coups d’États :

-Coup d’État de 1962 : sous les ordres du général Ne Win, il est resté vingt ans au pouvoir.

-Coup d’État de 1988 : les étudiants manifestent contre le gouvernement de Ne Win suite à un contexte économique catastrophique. La dette représente près de 50% du budget de l’État.

Le dirigeant démissionne et laisse place à un gouvernement plus souple. Néanmoins, l’armée reprit le pouvoir sous les ordres du général Saw Maung qui instaura la loi martiale et qui écrasa les manifestations.

-Coup d’État de 1992 : suite à la démission du général Saw Maung, le général Than Swe prend le pouvoir avec les forces armées.

-Coup d’État de 2021 : le général Min Aung Hlaing prend le pouvoir par la force également.

La population birmane a connu une multitude de putsch militaires, déstabilisant ainsi le pays tout entier

La population Birmane a connu une multitude de putsch militaires, déstabilisant ainsi le pays tout entier, économiquement comme politiquement. L’armée a une très grande importance dans la vie politique du pays et ne souhaite manifestement pas se dissocier de la politique.

Les derniers dirigeants de la Birmanie sont tous des généraux, ce qui montre la puissance de l’armée dans la politique birmane.

Quel contexte récent a entraîné le coup d’ État militaire du général Min Aung Hlaing ?

L’armée conteste la victoire démocratique de Aung San Suu Kyi. Cette dernière est actuellement emprisonnée par le pouvoir en place. Elle n’est pas réapparue en public depuis son arrestation le 1er février 2021.

Aung San Suu Kyi est élue députée à l’issue des élections de 2012. Progressivement elle va diriger son parti jusqu’à remporter la victoire législative de 2015. Elle est nommée l’année qui suit en tant que ministre des Affaires étrangères, conseillère spéciale de l’État et porte parole de la Présidence.

Via ses multiples fonctions, elle remplit de facto les fonctions d’un chef du gouvernement. Néanmoins, l’armée reste très puissante dans son gouvernement.

En 2016, elle subit de multiples critiques de la part de la communauté internationale en raison de son attitude face à la crise des Rohingya, un groupe minoritaire de confession musulmane.

Malgré les contestations internationales face à cette crise, Aung San Suu Kyi est largement soutenue par la population birmane car elle a su ramener la démocratie dans le pays.

La junte militaire décide de prendre le pouvoir suite au vote qui donne la majorité parlementaire au parti de Aung San Suu Kyi

Début 2021, de nouvelles élections ont eu lieu. Le vote donne la majorité parlementaire au parti de Aung San Suu Kyi. Avec ce vote, le pouvoir militaire perd de son influence. C’est pourquoi la junte militaire décide de prendre le pouvoir par un nouveau coup d’État. Une junte militaire est une expression qui désigne des assemblées exécutives, tels des gouvernements, composés majoritairement par des militaires. Aung San Suu Kyi est assignée à résidence tandis que des dizaines de ses partisans sont arrêtés.

Cette vague d’arrestations entraîne de vastes manifestations. Au sein de ces manifestations, on trouve principalement la jeunesse du pays, des hommes et des femmes entre vingt et quarante ans. Ces derniers ne veulent plus vivre sous l’autorité militaire. Les manifestations ont tout d’abord été relativement pacifistes. Les birmans réalisaient des actes de désobéissance civile comme des blocages de route par exemple. Mais l’armée a rapidement réprimé les manifestations de manière très violente : gaz lacrymogène, coups de matraque et maintenant coups de feu sur les manifestants.

En mois de deux mois de mobilisations, on compte déjà plus de 520 personnes tuées par les forces de sécurité birmane

En moins de deux mois de mobilisations, on compte déjà plus de 520 personnes tuées par les forces de sécurité birmane. Sur la seule journée du samedi 27 mars 2021, 107 manifestants ont perdu la vie, la majorité sont des étudiants ou des adolescents. Cette journée est jusqu’à présent la journée la plus sanglante depuis le début de la crise.

Face à cette situation dramatique, comment la communauté internationale réagit-elle ?


Tweet de Emmanuel Macron, le 4 mars 2021.
Traduction : « La France appelle à la libération immédiate des détenus pour mettre fin immédiatement à la répression terroriste au Myanmar et respecter le vote du peuple birman mentionné lors des dernières élections. »

Le président de la République française, Emmanuel Macron a émis ce Tweet en soutien à la population birmane, victime du coup d’état militaire.

Dans un reportage sur TF1, un jeune birman s’est exprimé à ce sujet. Il estime que ce message de soutien est très important pour lui et les autres manifestants. En effet, en plus d’un soutien puissant que constitue la France, Emmanuel Macron s’exprime en Birman, ce qui a touché la population.

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La Chine a également réagi face à cette crise birmane. Le gouvernement chinois est très impliqué dans les affaires intérieures birmanes. En effet, lors de la crise des Rohingya, Pékin avait contrecarré toute intervention du Conseil de Sécurité en imposant son droit de veto sur toutes les décisions prises pour le peuple birman. Cela a empêché le Conseil de Sécurité de s’exprimer de manière unanime.

Le gouvernement chinois montre sa volonté de ne pas intervenir en Birmanie et de laisser les birmans régler leurs différends

Le ministère des affaires étrangères chinois a réagi face au coup d’État en appelant les birmans à « régler leurs différends dans le cadre de la Constitution et des lois ». Cette réaction est dans la continuité des réactions de l’ONU. Néanmoins, le lendemain, ce même ministre demande « d’éviter d’intensifier le conflit et de compliquer davantage la situation ». Par ces propos, le gouvernement chinois montre sa volonté de ne pas intervenir en Birmanie et de laisser les birmans régler leurs différends. La Chine est un puissant allié pour la junte militaire.

En effet, un nouveau gouvernement démocratique serait une porte pour les États-Unis de contrer l’influence de la Chine. Mais, la Chine et la Birmanie entretiennent de très bons échanges. Ces deux pays ont une frontière commune ce qui favorise le développement en matière de modernisation de ses infrastructures électriques, de communication, de réseau routier ou ferroviaire. La Chine tire également profit de cette relation en exploitant les ressources naturelles de la Birmanie (minerais, bois, pétrole, gaz…). Par exemple, entre 2009 et 2010, leurs échanges ont bondi de 53% !

La Chine veut garder son influence commerciale et politique sur la Birmanie, c’est pourquoi le gouvernement chinois est en faveur du maintien du pouvoir militaire, pouvoir qui suit la politique chinoise.