Le scandale des sous-marins : quels enjeux pour la France ?

© Photographie par Thomas Haas sur Unsplash

Par Pauline DOINEAU, le 12 octobre 2021

EN QUOI LA RUPTURE DU CONTRAT D’ACHAT DE SOUS-MARINS DE L’AUSTRALIE À LA FRANCE EST-ELLE LA SOURCE D’UN BOULEVERSEMENT DIPLOMATIQUE ?

Tout débute en avril 2016, la France décroche un énorme contrat d’une valeur de 31 Milliards d’euros avec l’Australie. Le sujet principal de ce contrat consistait en la fourniture par la France de douze sous-marins à l’Australie par l’intermédiaire du prestataire français « Naval Group ».

Si ce contrat était une aubaine pour la France économiquement, d’abord en matière de revenus mais aussi d’emplois mobilisés, elle a malgré tout du tirer un trait sur ce dernier.

En effet la livraison, en Australie, des douze sous-marins terminés, prévue pour 2050 n’aura donc jamais lieu puisque mercredi 15 Septembre 2021, l’Australie a annulé cette gigantesque commande. Un rebondissement étonnant pour le ministre de l’Europe et des Affaires Etrangères en fonction depuis 2017 : Jean Yves Le Drian. Ce dernier invité, sur le plateau de TF1 le samedi 18 septembre décrit la situation de la manière suivante : « Il y a eu mensonge, il y a eu duplicité, il y a eu mépris et rupture majeure de confiance ».

Que s’est-il réellement passé entre la France et l’Australie ?

Plusieurs hypothèses sont apparues quant à la rupture du contrat par l’Australie, on parle de retard de la France dans les calendriers prévus contractuellement mais aussi d’une inflation du prix du contrat mal perçue par l’Australie.

Cependant, il semble que la raison de la rupture soit en fin de compte plus dépendante de la géopolitique que d’un retard de construction du prestataire ou qu’une simple inflation.

En effet le 15 Septembre 2021, jour de la rupture du contrat, le projet militaire nommé « AUKUS » a été rendu public. Ce projet militaire alliant l’Australie avec le Royaume-Uni et les Etats-Unis a vu le jour pour concurrencer la puissance chinoise extensive dans la zone Indo-Pacifique.

Cette alliance prévoit de fournir à l’Australie huit sous-marins dotés de la technologie nucléaire, des sous-marins donc plus puissants et plus rapides par la « propulsion nucléaire ».

Jean Yves Le Drian s’est exprimé auprès de la presse et parle d’un véritable « coup dans le dos » de la part des australiens.

Cependant l’annonce de cette alliance a eu de grandes répercussions sur la scène internationale. Jean Yves Le Drian s’est exprimé auprès de la presse et parle d’un véritable « coup dans le dos » de la part des australiens.

Quelles conséquences cela a-t-il eu sur le monde et sur les relations inter-étatiques en général ?

Cette décision de l’Australie a bouleversé la France à plusieurs « échelles »

D’abord à l’échelle du Gouvernement français, en plus de créer un manque à gagner de 31 milliards, elle vient totalement annihiler les stratégies du président Macron à propos de la zone Indo-Pacifique sur laquelle la Chine mais aussi les Etats-Unis prennent place pour affirmer respectivement leur puissance hégémonique. Si l’objectif était de garder de bonnes relations commerciales et de confiance avec l’Inde et l’Australie afin de tenir tête à deux des plus grandes puissances du monde ; suite à la rupture dudit contrat, cette volonté semble totalement partir en fumée.

Mais à plus grande échelle, la rupture du contrat a eu un impact sur la Manche, département français, puisque le groupe Naval Group, chargé de la construction des sous-marins, opérait dans la ville de Cherbourg.

Le prix de l’immobilier avait grimpé suite à la signature de ce contrat rendant la ville et a fortiori la région plus attractive suite à la création de nombreux emplois et donc dû à un nouveau dynamisme économique issu de ce contrat.

À l’échelle mondiale cela impacte directement/indirectement chaque pays du globe

Dans le monde, les seuls pays qui possédaient déjà des sous-marins à technologie de « propulsion nucléaire » ou du moins la technologie nucléaire étaient les 5 membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU, à savoir: la France, le Royaume-Uni, la Chine, la Russie et les Etats Unis; ainsi que l’Inde depuis 1948 avec l’Atomic Energy Act, acte qui a engendré le développement indien de l’énergie nucléaire à des fins pacifiques et qui fait d’elle une des plus grandes puissances nucléaires.

La fourniture de sous-marins à technologie nucléaire à un Etat ne disposant pas de cette dernière est un événement inquiétant sur la scène internationale.

La fourniture de sous-marins à technologie nucléaire à un Etat ne disposant pas de cette dernière est un événement inquiétant sur la scène internationale. Effectivement les Etats possédant cette dernière ne sont pas censés la vendre à d’autres Etats n’y ayant pas accès et ce depuis 1968 à la signature du Traité de non-prolifération des armes nucléaires que de nombreux pays ont signé. Aujourd’hui seuls le Soudan du Sud, le Pakistan, l’Inde et l’Israël ne l’ont pas signé.

Vers le début d’une nouvelle guerre froide ?

Diplomatiquement cette situation incite à penser que l’Australie se place sous la tutelle des Etats- Unis en prévision d’un hypothétique affrontement avec la Chine, sa voisine qui ne cesse d’accroître ses provisions militaires et son arsenal de guerre.

Comme on peut le voir avec la création de l’alliance « AUKUS » le schéma de la Guerre Froide semble se répéter. De néo-alliances se créent pour en concurrencer d’autres sans vraiment assumer cette volonté de concurrence et sans réels affrontements ce qui est source de tensions politiques.

Le ministre des affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a employé le terme de « crise grave » en s’adressant à la presse.

De son coté, après la rupture dudit contrat et de l’annonce de la nouvelle alliance entre Washington, Londres et Canberra, la France a rappelé ses ambassadeurs se trouvant aux Etats- Unis ou en Australie pour les consulter. Le ministre des affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a employé le terme de « crise grave » en s’adressant à la presse.

Pour autant, les américains se sont montrés compréhensifs avec la réaction des français. En effet dans un communiqué, le porte-parole de la diplomatie américaine, Ned Price, a déclaré souhaiter poursuivre la communication avec le Gouvernement Français, comprenant leur position, notamment à l’Assemblée Générale de l’ONU qui s’est tenue la semaine suivante, l’affaire a été un des sujet les plus abordés à cette assemblée avec celui de la crise afghane et a été source de tensions entres les différents dirigeants présents.

Le ministre des affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a déclaré lors d’une audition devant la Commission de Défense de l’Assemblée Nationale le 6 Octobre dernier : « J’ai désormais demandé à notre ambassadeur de rentrer à Canberra avec deux missions : contribuer à redéfinir les termes de notre relation avec l’Australie à l’avenir […] et défendre fermement nos intérêts dans la mise en œuvre concrète de la décision australienne de mettre fin au programme des futurs sous-marins. ». De surcroît le ministre des affaires étrangères a ajouté que les présidents Joe Biden et Emmanuel Macron s’entretiendront régulièrement par téléphone à propos de cette situation.

Il ne faut pas omettre qu’il existe désormais une réelle communication des Etats entre eux

Il ne faut pas omettre qu’il existe désormais une réelle communication des Etats entre eux et de nombreuses alliances qui ont pu naître de la Guerre Froide, notamment à travers de nombreux traités de paix.

Aussi, les organisations internationales existantes comme l’ONU ou l’OTAN dont le dessein est de maintenir la paix sur la scène internationale ont un rôle à jouer plus important que jamais en raison des technologies dévastatrices qui voient le jour.

Grâce à tous ces dispositifs on peut s’attendre à ce que de telles tensions, pouvant laisser des traces diplomatiquement et économiquement entre les Etats, ne soient pas annonciatrices de réels conflits. D’ailleurs les Etats, dans cette affaire ont montré leur volonté de ne pas engager des conflits ouverts. Pour autant cet événement a bouleversé la confiance entre les Etats transatlantiques ce qui pourra certainement modifier les partenariats commerciaux ou même les stratégies politiques à l’avenir.