La mutation génétique des éléphants

© Photographie par Christian Weiss sur Unsplash

Par Eva Chevasson-Sié, le 2 novembre 2021

Une nouvelle étude suggère que les chasseurs d’ivoire, aussi appelés les braconniers ont pu enclencher un changement génétique chez les éléphants du Mozambique, où de plus en plus de femelles naissent sans défenses.

Tout d’abord, il convient de situer Le Mozambique qui est un Etat situé sur la côte orientale du continent africain et qui est limitrophe de la Tanzanie, du Malawi, de la Zambie, du Zimbabwe, de l’Afrique du Sud et de l’Eswatini. Il dispose d’un littoral de plus de 2 000 km sur l’océan Indien. Le pays est une immense façade maritime de l’Afrique australe.

lE CONFLIT DE GUERRE CIVILE DE 1975 A FAIT EGALEMENT DES VICTIMES COLLATERALES : les éléphants

Ce pays où repose des cimetières d’éléphant a baigné dans le sang à cause de nombreuses guerres civiles. Deux ans après son indépendance, en 1975, l’ancienne colonie portugaise s’est trouvée plongée, quinze années durant, dans une guerre civile qui fit 900 000 morts et des millions de réfugiés. Ce terrible conflit a fait également des victimes collatérales : les éléphants. Les deux camps ont usé du commerce de l’ivoire pour financer leurs achats d’armes, ce qui a entraîné le braconnage quasi officiel et a réduit la population de pachydermes de plus de 90 %. Si bien qu’il ne reste aujourd’hui que quelques centaines de ces animaux dans un pays où ils se comptaient en milliers. Ainsi, les scientifiques ont constaté l’absence de défenses chez 33% des femelles nées après la fin du conflit armé, alors que leur nombre était de 18,5% avant la guerre. Le biologiste Shane Campbell-Staton, de l’université de Princeton aux Etats-Unis affirme que ce changement génétique est le résultat de la pression de la chasse car celle-ci aurait modifié le génome de ces éléphants qui donneraient moins naissance à des petites éléphantes pourvues d’ivoire, comme un mécanisme d’auto-défense. L’ivoire est une substance dure, blanche, opaque qui est la matière principale des dents et des défenses d’animaux comme l’éléphant, l’hippopotame, le morse, le narval, le cachalot ou le phacochère. Depuis la préhistoire, l’homme taille et sculpte l’ivoire. Avant l’introduction du plastique, l’ivoire était utilisé pour fabriquer des objets usuels : billes de billard, touches de piano, boutons, éventails, manches de couvert ou reliures de livres.

Mais qu’est-ce que le braconnage ? Et comment est-il combattu ?

Cette question peut sembler évidente mais elle mérite d’être clarifiée, surtout concernant notre sujet sur la mutation génétique des éléphants qui est liée au braconnage. Le braconnage peut se définir par, la collecte illégale d’animaux sauvages, en violation du droit qu’il soit, local, national, fédéral, ou international. Plus précisément, les activités pouvant être considérées comme du braconnage comprennent l’abattage d’un animal hors saison, sans licence, effectué avec une arme prohibée ou d’une quelconque manière interdite. Peut également être considéré comme du braconnage le fait de tuer une espèce dite protégée, de dépasser le quota d’abattage autorisé, ou de tuer un animal pendant une intrusion.

Le Kenya a instauré l’installation de colliers de pistage installés aux éléphants

Depuis quelques temps, 20 000 éléphants en moyenne sont braconnés en Afrique chaque année. Le continent africain utilise quelques méthodes pour limiter le braconnage, ce que l’Europe a ensuite pris comme exemple. Un des pays africains a montré la voie à suivre, c’est le cas du Kenya, par exemple, qui a instauré l’installation des colliers de pistage attachés aux éléphants. Grâce au renforcement de la surveillance, à une nouvelle législation et à la mise en place d’unités dédiées à la lutte contre le braconnage, le Kenya a pu réduire considérablement le nombre de morts d’éléphants. Les chasseurs illégaux condamnés pour braconnage ou trafic de trophées d’animaux sauvages sont désormais punis par des peines de prison plus longues et des amendes plus élevées. Dans toute l’Afrique de gros efforts de lutte contre le braconnage visent à éradiquer pour de bon ce trafic d’animaux sauvages. A ce titre, les technologies de traçage associées à d’autres formes de surveillance ont été très utiles. La revente d’ivoire étant interdite, des contrôles sont évidemment mis en application dans tous les pays concernés et un exemple illustre ce fait en France, où quatre vendeurs professionnels sont en attente de jugement pour infraction au commerce de l’ivoire. Enfin et encore plus largement, en 2015, 19 pays d’Afrique et d’Asie ont réussi à se mettre d’accord afin de mettre en place un partenariat dont le but est de lutter contre le commerce illégal d’animaux. Ce programme, intitulé « Programme mondial pour la vie sauvage » est placé sous la direction de la banque mondiale, son but étant d’investir dans des stratégies de protection des éléphants via une intensification de la lutte contre le braconnage, dans la réduction du trafic d’ivoire ainsi que dans une meilleure gestion de la faune avec les populations locales humaines. La Chine a d’ores et déjà interdit le commerce de l’ivoire depuis 2018 et l’Europe compte prendre des mesures similaires puisque 75 % de l’ivoire sur le continent serait issu du commerce illicite. Concernant la France, les chasseurs mettent une pression si élevée que l’Etat ne semble pas faire respecter les lois concernant les espèces protégées, les périodes d’ouverture de chasse, et même les directives européennes concernant les espèces en déclin. Par exemple, dans le sud de la France, des milliers de rouges-gorges et autres petits passereaux sont tués chaque année, bien qu’il s’agisse d’espèces protégées.

Un véritable signal d’alarme face à ce phénomène génétique inhabituel

Cette mutation génétique est un appel à l’aide de la part des éléphants, il faut se rendre compte que ces pachydermes sont nés sans défense à cause du braconnage, ce qui n’est point normal et habituel. Le 25 mars 2021, l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) a classé l’éléphant de forêt d’Afrique « En danger critique d’extinction » et son frère de savane d’Afrique « En danger » sur la Liste rouge de l’UICN des espèces menacées. L’UICN constate également que les deux espèces ont connu de fortes diminutions depuis 2008 en raison d’une augmentation significative du braconnage.

Cette triste mutation génétique entraînerait d’autres changements

Le travail du biologiste Shane Campbell-Staton cité précédemment, et de ses collègues, tend à croire que cette mutation s’effectue sur le chromosome X qui est dominant chez les femelles.« C’est un signal d’alarme en termes de prise en main des humains en tant que force évolutive dominante sur la planète« , développe Chris Darimont, un scientifique de l’université de Victoria, au Canada, cité dans la revue Nature. Cette triste mutation génétique entraînerait d’autres changements, en examinant l’ADN dans les excréments des éléphants de Mozambique, les chercheurs ont constaté que selon la présence de défenses ou non, les animaux mangeaient des plantes différentes. « Parce que les éléphants sont des espèces clés, des changements dans leur régime alimentaire peuvent changer le paysage au niveau de la flore« , note le co-auteur de l’étude, Robert Pringle, biologiste à Princeton. Et ces changements risquent de s’imprimer sur plusieurs dizaines d’années, selon les chercheurs.

La seule solution pour réduire ce nouveau changement génétique semble être de stopper le braconnage. Malgré les mesures prises pour limiter cette chasse illégale, le braconnage persiste, la lutte est encore longue mais cela se poursuit positivement car beaucoup d’Etats occidentaux ont ouvert les yeux sur les effets néfastes de cette chasse. De plus, l’Union européenne (UE) s’est engagée à hauteur de 12,3 millions d’euros pour un projet de « réduction de l’abattage illégal des éléphants et autres espèces en péril ». Des mesures sont donc prises et pas qu’en Afrique pour lutter contre le commerce illégal d’ivoire, mais le braconnage persiste encore.