Rencontre avec bertrand périer

Photographie par Olivier Ménard : Alexandre Guricolas (à gauche), Bertrand Périer (au centre), Julieta Galoyan (à droite).

Une interview réalisée par Alexandre Guricolas et Julieta Galoyan

Bertrand Périer nous a fait l’honneur de venir pour une conférence à la Faculté de Droit et de Sciences Politiques de Nantes, le mardi 26 octobre 2021. Organisée par l’association Lysias, la conférence avait pour but de présenter le nouveau livre de notre intervenant : « Sauve qui parle ». Bertrand Périer a entrepris de présenter son livre avant d’organiser différents jeux liés à l’art oratoire. Entre discours et rire mais aussi forte en surprise, cette conférence a énormément plu à l’ensemble des étudiants présents.

Suite à cette conférence, Bertrand Périer a eu la gentillesse de nous donner une partie de son temps pour réaliser une interview, rien que pour vous.

Journaliste : Afin de rendre cette interview plus attractive, nous allons d’abord vous poser quelques questions pour vous présenter, puis nous enchaînerons sous la forme d’un speed-dating.

Tout d’abord, quel est votre parcours universitaire et comment cela vous a permis d’accéder au métier que vous exercez aujourd’hui ?

Bertrand Périer : Alors, mon parcours universitaire est assez simple. Après le bac, j’ai fait Sciences Po pour ensuite aller à la faculté de Droit à Paris 2 Assas pour faire un Master 2 de Droit Privé Général. Parallèlement, j’ai fait HEC qui est une école de commerce. J’ai fait également un Master 2 de Droit Public. C’est du fait d’avoir garder le droit privé et le droit public parallèlement que je cherchais un métier qui permettait de garder le droit public et le droit privé. C’est de ce fait que je suis devenu avocat au Conseil d’État et à la Cour de Cassation parce que par hypothèse, on est autant devant le Conseil d’État que devant la Cour de Cassation.

Journaliste : C’est un parcours assez atypique !

Bertrand Périer : Oui c’est un peu atypique parce que la profession est atypique aussi. Les avocats au Conseil qui représentent les parties devant uniquement le Conseil d’État et la Cour de Cassation, on est 150 à peu près, on a des diplômes particuliers qui nous permettent justement de présenter les dossiers à la Cour de Cassation et au Conseil d’État de telle façon qu’on puisse sélectionner les moyens qui permettent aussi à ces juridictions d’y répondre.

On ne cherche pas à les encombrer de questions qui ne relèvent pas de leur contrôle, notamment dans les actions du fait du droit. Ça permet aussi de fluidifier le fonctionnement des juridictions elle-même que d’avoir des avocats spécialisés.

Journaliste : Avez-vous toujours voulu faire du droit ?

Bertrand Périer : Ah pas du tout ! Quand j’étais jeune, je ne savais pas du tout ce que je voulais faire parce qu’il n’y avait pas du tout de juriste dans ma famille. Donc je ne savais pas du tout ce que c’étaient des avocats, des magistrats, des notaires…

Mais j’avais fait Sciences Po car ça permettait de faire beaucoup de choses. J’avais bien aimé le droit à ce moment. Puis je suis allé à Assas mais à l’origine je voulais passer l’ENA et être fonctionnaire. Je l’ai passé mais je ne l’ai pas eu donc j’ai fait du droit.

Mais, à l’origine je n’avais pas une vocation quand j’étais petit d’être dans la cour de récréation celui qui défendait mes petits camarades au conseil de classe. Et je n’y connaissais rien, j’ai découvert le métier en l’exerçant.

Journaliste : Par rapport à ces concours de grandes écoles, comment se préparer au mieux, mentalement, à potentiellement l’échec à ces concours ?

Bertrand Périer : C’est assez simple. Il faut se dire qu’il y a autre chose qui est possible. Quand je l’ai passé je ne voyais rien d’autre de possible, et c’est ça qui était compliqué quand j’ai échoué car je n’avais pas de plan B. L’idée c’est de se dire : ok c’est super on peut passer ces concours, c’est extrêmement difficile, c’est très exigeant dans la rigueur, dans la rédaction, dans la pensée et dans la construction. C’est vraiment très difficile, et c’est formidable si on l’a, mais la vie ne s’arrête pas si on ne l’a pas. C’est vraiment une question d’état d’esprit de se dire : ok ça reste une très belle carrière mais il y en a d’autres. Il faut se renseigner sur ce qu’on peut faire d’autres.

Journaliste : Merci beaucoup pour ces conseils. Nous allons désormais passer au format speed-dating, de ce fait il faut réagir aux questions avec des réponses les plus brèves possibles.

Qu’est ce qui vous passionne le plus dans la vie ?

Bertrand Périer : Ce qui me passionne le plus dans la vie c’est la transmission ! C’est transmettre à la fois ce que je sais, ce que je sens et ce que j’ai vécu. C’est le cœur de ma vie.

Journaliste : Quel est l’élément / le caractère qui fait que vous auriez des affinités ou que vous vous entendriez bien avec une personne ?

Bertrand Périer : La générosité. Tous les gens que j’aime sont des gens généreux. Généreux de leur talent, pas de leur argent ça ne m’intéresse pas du tout. Les gens qui partagent, les gens que j’admire, qui me font bénéficier de leurs expériences, de leurs compétences. Pour moi l’essentiel dans la relation c’est la générosité.

Journaliste : Quel est votre musique préférée ?

Bertrand Périer : Alors je m’occupe d’un festival de musique l’été, c’est de la musique classique. Donc je m’occupe du Nohant Festival Chopin qui est dans le Berry, là où Chopin a vécu avec Georges Sand le temps de leur idylle.

Sinon j’aime la chanson française, j’aime les chansons de vieux (rire) : Barbara, Brassens et dans la scène plus contemporaine j’aime Juliette Noureddine. C’est une artiste que j’adore parce qu’elle a des textes absolument merveilleux et […] avec une voix magnifique. Et si on est vraiment contemporains contemporains j’aime Juliette Armanet.

Journaliste : Pour poursuivre dans l’art, quel est votre film préféré ?

Bertrand Périer : Alors je suis nul en cinéma. Je vais très rarement au cinéma et je n’ai aucune culture cinématographique. Ce n’est pas un réflexe de loisir pour moi je ne vais jamais au cinéma, ce n’est pas bien je sais que je perds une partie de la vie mais je ne vais que très très rarement au cinéma.

Journaliste : Très bien mais du coup vous avez peut être un livre préféré ?

Bertrand Périer : Il y en a plein, mais je vais en citer un car c’est un livre qui m’a beaucoup éclairé que j’ai fait réédité en y rajoutant une préface : « Remarque sur la parole » de Jacques Charpentier. C’est un livre assez méconnu mais que je vous invite à lire. Il ne fait que 100 pages, c’est très court mais c’est vraiment un livre majeur pour la prise de parole pour moi.

Journaliste : Le début de votre conférence portait une partie sur vos livres et notamment votre nouveau livre « Sauve qui parle ». Durant la rédaction de vos ouvrages, avez vous fait face au syndrome de la page blanche ?

Bertrand Périer : Je n’ai pas vraiment connu cela car en réalité j’ai écrit avec quelqu’un. Il y a toujours quelqu’un qui écrit avec moi, qui m’aide. Les livres naissent de nos entretiens, ils sont retranscrits et reformatés.

En effet, le démarrage peut être compliqué parfois car j’ai écrit chacune de mes préfaces et premier chapitre seul. Je n’ai pas de réelle difficulté à écrire car mon métier consiste à écrire tous les jours également.

Journaliste : Quel(s) conseil(s) pouvez donner à nos rédacteurs qui ont potentiellement connu ou vont connaître ce passage de la page blanche ? Comment y faire face ?

Bertrand Périer : Vous savez, Paul Valéry dit que « le premier vers est donné par les dieux ». Il n’y a pas vraiment de secret face à ça. En général, j’ai beaucoup de premières phrases, puis elles se sont bazardées et en a découlé l’écriture.

Il faut beaucoup d’esprit critique sur soi-même, est ce que c’est vraiment cela que je veux écrire ? Est ce que le mot que j’utilise est vraiment le bon mot ?

Il ne faut pas psychoter sur cette première phrase selon moi. Il faut l’écrire même si elle n’est pas parfaite, puis la retravailler si besoin.

Vous savez parfois les titres viennent même sous la douche. « Sauve qui parle » est venu sous la douche pour mon cas, et c’est un miracle. Je sors de la douche et je l’écris tout de suite pour ne pas l’oublier.

Journaliste : Merci pour cette superbe anecdote, vous pouvez en être fier. D’ailleurs, qu’est ce qui vous rend le plus fier ?

Bertrand Périer : Ce qui me rend le plus fier, je dirai c’est de me dire que mes parents ne m’ont pas fait faire des études pour rien. Et de me dire qu’ils n’ont pas le bac, ils se sont beaucoup sacrifiés pour moi et que je vois dans leurs regards qu’ils sont contents du parcours accompli.

Journaliste : Parce que les études ce n’était pas une vocation pour vous à la base ?

Bertrand Périer : Non pas spécialement, mais ils m’ont poussé à en faire car ils considéraient justement qu’ils n’en avaient pas fait, que c’était extrêmement important et j’ai beaucoup beaucoup travaillé. La rançon de tout ça, c’est que rien n’arrive sans le travail et mes parents m’ont poussé à beaucoup travailler.

Ils m’ont ouvert la voie.

Journaliste : Et comment l’art oratoire est arrivée dans votre vie ?

Bertrand Périer : Par hasard. En fait, pour devenir avocat à la Cour de Cassation il fallait passer un concours d’éloquence. C’était obligatoire donc je l’ai fait.

Journaliste : C’est votre premier concours d’éloquence ?

Bertrand Périer : Oui c’est le premier, je devais le faire dans le cadre de la scolarité, c’était comme une UE (Unité d’Enseignement) qui était nécessaire pour devenir avocat au Conseil. Je ne l’ai pas fait par choix, je l’ai fait par nécessité. Après c’est les hasards de la vie, on en gagne un, on en gagne un autre et après on devient passionné par quelque chose dont on ignorait tout quelques années auparavant. Je n’ai jamais étudié l’art oratoire, je l’enseigne aujourd’hui de part l’expérience que j’en ai, de part ce que j’en ai lu après. Mais ce n’est pas du tout une matière que j’ai étudiée et qui me passionnait à l’origine, bien au contraire.

Ce premier concours d’éloquence était un passage obligé pour devenir avocat au Conseil.

Journaliste : Et vous aviez quel âge lorsque vous avez pris la parole pour la première fois ?

Bertrand Périer : J’avais 25 ans.

Journaliste : C’est donc arrivé très tard dans les études.

Bertrand Périer : Oui très tard dans les études. Le premier concours d’éloquence j’ai gagné j’avais 27 / 28 ans. Et le concours que j’ai gagné qui était très important pour moi j’avais 30 ans.

Journaliste : Et c’était lequel ?

Bertrand Périer : C’était pour la conférence du barreau de Paris.

Journaliste : Très bien. Et justement en lien avec l’art oratoire, beaucoup d’étudiants de troisième année voient les sélections en Master arriver à grand pas, cette sélection demande des entretiens écrits mais surtout des entretiens oraux pour être admis dans son master.

Comment réussir ces entretiens selon vous ? Quel est le meilleur conseil que vous avez à leur donner pour réussir à se démarquer afin d’être sélectionné ?

Bertrand Périer : Alors la première chose, je pense, c’est de raconter des histoires. Ce que les gens aiment, ce n’est pas entendre des arguments, c’est entendre des histoires. Incarnez les choses, dites ce que vous avez fait, racontez les choses !

Racontez vos stages, vos engagements, vos vies ! Soyez concrets, dîtes ce que vous avez appris de telle ou telle expérience.

La deuxième chose : soyez sincères, et dîtes vraiment votre motivation. Préparez bien à l’avance ce que vous voulez dire. Peu importe les questions, ce qui est important c’est vos réponses.

Journaliste : Merci beaucoup pour vos conseils, et merci pour cet entretien !